Etats-Unis : le retour (ou la fin) de « goldilocks » ?

 In Economie, Finance et Marchés

Depuis l’automne, la courbe des rendements obligataires américaine tend à s’aplatir sur les maturités entre 5 et 10 ans : tandis que les taux court terme (jusqu’à deux ans) remontent, les rendements à long terme (au-delà de 5 ans et plus particulièrement à 10 et 30 ans) montent mais bien moins vite que les taux plus courts. Il peut même arriver qu’ils baissent. Depuis le début de l’année, après un pic à près de 2,60%, le rendement à 10 ans s’est replié jusqu’à près de 2% au cours de l’été pour revenir à seulement 2,33% ces jours-ci.

La remontée récente et annoncée des taux directeurs de la Réserve Fédérale, le début du « tapering » (qui se traduira par le non rachat d’actifs arrivant à maturité), pèsent sur la partie courte de la courbe des rendements. Plus on avance dans le temps, plus les marchés croient dans l’efficacité de l’action de la Banque Centrale pour contenir les risques d’inflation, ce qui fait que si les rendements obligataires montent, ils progressent moins vite que les taux des obligations de maturités plus courtes. Seules les maturités très longues (à 30 ans) n’ont pratiquement pas évolué.

Ce qui étonne c’est que les rendements à  long terme restent à des niveaux si modérés. Ceci tendrait à montrer que les marchés ne voient aucune raison d’intégrer une remontée de l’inflation à terme. Du temps de la Fed d’Alan Greenspan, cette situation – liée entre autres aussi à un afflux d’épargne globale – a été qualifiée d’économie boucles d’or (goldilocks) (comprenez que la croissance n’est ni trop forte ni trop faible, ni trop ni trop peu inflationniste, on a vu que cette vision était pour le moins inexacte).

Le niveau actuel des taux long semble encore modeste au regard de l’évolution récente des prix : l’indice des prix à la production donne des signes d’accélération : en hausse de 2,8% sur un an et 2,4% hors alimentation et énergie, ces hausses devraient progressivement venir alimenter les prix en aval (l’indice des prix à la consommation était en hausse de 2.0% seulement sur un an en octobre, 1,8% hors alimentation & énergie).

La Réserve Fédérale par la voix de certains de ses membres confirme aussi cette semaine son intention de relever son taux directeur encore une fois cette année et probablement  trois l’an prochain. Ce mouvement devrait donc s’accentuer, mais ne nous y trompons pas : les rendements à long terme remontent également.

La zone euro accélère, est-ce déjà le sommet avec le reflux ?

Le PIB de la zone euro a encore progressé de 0,6% au T3 après 0,7% au deuxième trimestre, le 18ème trimestre consécutif de progression (ce qui fait remonter le début de la reprise à 2013).

Le point remarquable nous vient d’Allemagne, mais pas seulement : L’Allemagne a enregistré une croissance de 0,8% au cours de l’été, soit 2,3 % NSA ou 2,8% WDA sur un an, rien de comparable depuis la période de rebond de 2010. Cela est principalement dû à l’investissement des entreprises.

L’Italie de son côté progresse de 0,5% sur un trimestre, 1,8% sur un an, la encore entraînée par la hausse de la consommation et de l’investissement privé comme au deuxième trimestre.

Les indicateurs avancés laissent présager d’une fin d’année toujours dynamique, et avec cet acquis de croissance, l’année 2018 s’annonce plutôt bonne, d’autant que de son côté la Commission Européenne considère que les politiques budgétaires des pays de la zone euro devraient rester neutres l’an prochain et que la politique monétaire de la banque centrale européenne est toujours aussi accommodante.

A 2,5% sur un an, la croissance de la zone euro évolue au-dessus de son potentiel ce qui veut dire que progressivement l’écart à la croissance potentielle – ou encore output gap –  est en train de se refermer et la croissance réelle devrait converger vers des rythmes plus modérés à terme. A-t-on d’ores et déjà touché un pic ? C’est difficile à dire, et encore plus à admettre surtout lorsque l’on constate que le taux de chômage est encore très élevé pour la plupart des pays concernés – sauf l’Allemagne qui affiche des statistiques de plein emploi – puisque la zone euro enregistre un taux de chômage de 8,9% contre 7,3% avant la crise de 2008.

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